Comment disposas-tu ces os, Chloé-Clio, pour que s'en échappe ce son si près de l'épicentre du sens qu'on voudrait bien donner à ces mots-silences placés semble-t-il aux aléas de quatre seuils destitués ? Ces os abrasés par les siècles, ces os creux de toute moelle : ton frère est mort hier soir, ça ne te soulage même pas de la pression que tu ressens, perçante, cisaillant ton plexus. Ton frère est mort il y a bien longtemps, au travers des ères imaginaires que le temps ignore et qui pourtant impriment leurs marques comme le feraient les secondes et les heures déroulant l'interminable chapelet de l'obsessionnel régisseur de nos existences sécantes, décantées à la lie, désenchantées par la poussière que nos yeux inhalent à l'asphyxie, jusqu'à leur terme terne et disgracieux, brusque renflement ou peste sournoise, toujours la même odeur terminale, insupportable pour les sursitaires qui ne peuvent y percevoir que la proximité du moment ou plus un miracle ne pourra subvenir, plus aucun espoir voir le jour, ni même le soir, juste un soir, le dernier, celui qui manquera toujours à l'appel, enseveli par la pelle du fossoyeur.
— Fossoyeur, avec un F majuscule.
Pardon, par la pelle du Fossoyeur. Mais, que...
— Mais quoi ?
— C’est à dire... Cette incursion dans la narration... Ce n’est pas très... orthodoxe.
— Bof. T’es orthodoxe, toi ?
— Non, mais tout de même il y a des limites.
— Tu dis ça, tu dis ça, mais il suffit que tu voies une frontière pour que tu t’empresses de la franchir.
— Ah, oui, mais c’est moi qui décide, en général !
— Tu crois vraiment ça ?
— Non, mais merde, j’aurais bien envie que tu la boucles, tu me déconcentres, là.
— OK, OK, mais n’oublie pas la majuscule, la prochaine fois. Il risquerait de mal le prendre. Chaque lettre, chaque emplacement, chaque forme ont leur importance. Rien ne doit être retiré ni ajouté.
— C’est moi qui fixe les règles !
— Oh, je vois que tu ne t’es pas encore totalement débarrassé de tes illusions. Ainsi, c’est la mort qui s’en chargera et je suis son messager.
— Je croyais que c’était Iris...
— Et à qui crois-tu parler, pauvre nouille ?
— C’est toi ? Mais qu'est-ce que tu fous encore là ?
Déjà partie...
...
Impossible de s'arrêter tant pis, tant mieux, il faut que tu continues, malgré les parasites qui parcourent mes nerfs, Chloé, il faut que t'avances, j'ai besoin de toi, besoin que tu me rejoignes pour l'instant du boumbadaboum boum, il se peut qu'il soit déjà trop tard, mais comment savoir, le temps est si élastique, fonctionne à rebours ou à travers, bondit, surshoquète, alors il faut que tu continues, et fasses parler mes os, fasses porter ma voix, quel qu'en soit le prix, nécessité fait moi et toi et lui peut-être même...
Tu montas sur l'estrade destinée aux rêves-parties censées égayer les nuits des macchabées, le lieu sentait la poudre de songe et ils se levaient tous pour célébrer la noce funèbre de la chair et de la corruption. Les cadavres avides s'évadaient dans de vastes transes plus ou moins synchrones, se caressaient sous les tressautements de la musique tripale, les métatarses des maladroits écrasaient les tarses des jeunes mortes en chaleur, dessinées en ombres creuses sur la pelouse violacée. D'autres incidents sans conséquence survenaient : des côtes s'entremêlaient lors d'étreintes un peu trop appuyées, des bouts de bouches pendantes des mieux conservés se répandaient au sol et occasionnaient de stupides glissades... souvent, la nuit s'achevait en orgie nécrophile et alors tout le monde était content. C'est le Fossoyeur
— Merci
— Je vous en prie
qui jouait les maîtres de cérémonie : un vrai roi des platines, il connaissait ses ouailles, sentait les instants clés ou le tempo devait s'accélérer ou ralentir, maniait crescendo et decrescendo avec brio, laissait exploser les extases des morts en un feu d'artifice de dents, d'éclats de crânes, de morceaux de chairs inidentifiables, des grincements des bassins se frottant les uns contres les autres, répondants ainsi aux mélodies stridentes pulsées par les enceintes pharaoniques disposées de manière à ce que le son se diffuse de manière homogène dans tout le cimetière.
Ensuite, on nettoyait, remettait tout en place et le lieu retrouvait son apparence de paisible charnier.
Ce soir c'était relâche et tu avais tout ton temps pour fabriquer l'instrument propre à délivrer le message de Jérémie. Un orgue, semblait-il, à tuyaux.
Tu commences à assembler fémurs et vertèbres selon le plan dessiné dans ta tête, et celle de Jérémie au faîte de l'édifice, perchée au sommet des flûtes, la mâchoire laissée libre et claquant régulièrement sous les coups de maillet que tu distribues sur les chevrons d'ivoire.
Une fois ton ouvrage achevé (ou presque), tu te recules un peu pour le contempler. Il est impensable que l'on puisse construire un pareil engin à partir d'une simple carcasse humaine, mais la magie chamanique règne en cet endroit, sans compter les relents alchimiques propres aux restes de ton frère : la vraisemblance n'a plus cours. Malgré son aspect imposant, baroque, il manque un élément à l'ostéophone. Tes ongles mués en scalpels s'enfoncent dans ton épaule gauche pour en extirper la clavicule. L'opération, bien que douloureuse, ne te prend qu'une minute. Tes doigts ne tremblent pas : ta résolution est trempée dans le bain des laves de ton histoire. Aucun cri ne s'échappe de ta gorge, aucune dent n'éclate sous la pression de ses consœurs, aucun muscle ne se tétanise à la rupture. Tu roules maintenant le petit os dans ta main, soucieuse d'en ôter toute viande. Et puis, avant d'apporter la touche finale à ton œuvre, tu t'adosses à un arbre pour t'y assoupir, laissant à ton corps le temps de reconstituer l'élément perdu.
Tu es réveillée par les claquements du marteau, au dessus de toi une silhouette se penche.
— Que faites-vous ?
— Cha ne che voit pas ? J'accroche des jaffiches.
Tu te relèves et regardes l'individu, fort bien découplé.
Débardeur blanc et jean moulant épousant les contours de fesses musclées et de membre gonflé, pectoraux saillants, biceps proéminents mis en valeur par de subtils tatouages, peau lisse au hâle léger, un petit air de Marlon Brando en bandoulière... De quoi émoustiller la plus frigide des grenouilles de bénitier.
— Vous êtes ?
— Ben, che chuis le Fochoyeur, qui d'autre ?
— Pourriez-vous enlever vos clous de la bouche ?
— Déjolé... Désolé. Mais j'ai tout l'étage à me taper, vous avez vu comme il s'étend ? Pas une sinécure...
Effectivement, le Type traîne derrière lui un chariot monté sur vérins où s'entassent des monceaux d'affichettes imprimées à la va-vite. Curieuse, tu te saisis d'une feuille tombée à terre.
« Chloé Humbert, alias Clio (incarnation officielle), femme-fil-de-fer, matrice du patron, asterias rubens desséchée (que même les larmes ne pourront ressusciter), hôtesse attitrée du Léviathan, tueuse en série (numérique), mangeuse de mondes, pianiste hors paire (puisqu'elle en est privée), icône pentacomptée... LA Chloé Humbert, celle que nous admirons tous et toutes...
EN CONCERT EXCLUSIF
CE SOIR À UNE HEURE
ALÉATOIRE !
À ne rater sous aucun prétexte !
En guest, DJ Pelleteuse aux platines »
— Qu'est-ce que c'est que cette histoire de concert ?!
— Ben, vous allez bien jouer, là ?
— Mais ça ne regarde personne !
— Pourquoi vous apprêtez-vous à le faire devant des millions de gens, dans ce cas ?
— Mais il n'y a que des morts ici, je ne vois pas en quoi ça pourrait gêner !
— Ah bon ? Vous venez les déranger, chez eux, et vous voudriez qu'ils se tiennent tranquilles ? Croyez-moi, ils en profiteront, quoi qu'il arrive. C'est pas tous les jours qu'ils ont droit à de la musique live.
— Je ne vois pas pourquoi vous vous embêtez à coller ces affiches sur tous les arbres, en ce cas.
— Pour l'ambiance, le décorum, et surtout...
— ?
— Il faut qu'ils sentent qu'ils sont les bienvenus...
— ...
— Sinon, ça va me les énerver, vous comprenez. Je ne veux pas que ça dégénère. Ce ne serait pas très bon pour vous. Ils sont plutôt indolents d'habitude, vous savez, mais faut pas croire, ils peuvent être assez soupe au lait quand on les embête. Déjà qu'ils sont morts, si en plus on ne les invite pas au concert...
— Et vous croyez que je vais me plier à ce ridicule petit jeu ? Vous croyez vraiment que je vais attendre que vous ayez répandu partout vos stupides affiches pour accomplir ma tâche ? Vous avez une idée de ce que j'ai dû traverser pour parvenir jusqu'ici ?
— Euh... Non, non et oui. Cela dit, vous risquez d'avoir des ennuis. Déjà que vous avez exhumé les reste de Jérémie sans autorisation...
— C'est mon frère !
— Et alors ? Il se trouve que nous ne permettons que les sorties volontaires. On n'est pas des matons, c'est à eux de décider, non ?
— Il me l'a lui-même demandé.
— Dans sa lettre, c'est ça ? Excusez-moi, mais celle-ci est sujette à caution :
a) Elle n'a pas été strictement identifiée
b) On ne sait pas si son auteur présumé était en pleine possession de ses moyens au moment où il l'a écrite
c) La phrase qui permettrait d'affirmer que là était le souhait de votre frère, pour rappel « Alors, avant de mourir, car c’est ma décision, mes os devront parler, et ma voix porter. » :
1. n'était pas inscrite dans la lettre elle-même, mais sur la pierre tombale, et ce, partiellement
2. est équivoque dans son contenu :
a) il est bien spécifié « Avant de mourir », hors, rien n'indique que ce souhait se prolonge APRÈS la mort
b) rien ne laisse entendre expressément que l'on doive sortir les os de la tombe pour qu'ils parlent
c) pas de petit « c » pour le moment, mais on trouvera
d) D'autre part, attendu que le témoin Jérémie Humbert, ici présent, a manqué par deux fois de respect à la cour – bien qu'il ait depuis fait amende honorable
— Nous déclarons la prévenue Chloé Humbert coupable des faits qui lui sont reprochés, et la condamnons, ce soir, à donner un concert public devant tous les locataires du grand cimetière du neuvième étage... Accusée, levez-vous.
Mais tu n'es déjà plus là, lassée du discours lénifiant du Fossoyeur. Tu t'échines en d'habiles contorsions à placer la clavicule en son emplacement consacré...
— Eh, vous n'avez rien écouté ?!
— J'ai du travail, foutez-moi la paix. Allez donc coller vos putains d'affiches ou vous masturber aux toilettes, je m'en bats l'œil.
— Si vous le prenez comme ça...
— C'est ça.
Alors que la pièce s'ajuste enfin, tu sens un souffle d'air chaud sur ta nuque. « Et merde ! » Tu te retournes et te retrouves face à face au Fossoyeur, qui a au moins triplé de volume et de fait était devenu bien moins sexy.
— Vous avez des gaz ?
« CADAVRES ADORÉS, ALLEZ-VOUS RESTER COUCHÉS ALORS QU'ELLE BAFOUE VOS DROITS LES PLUS ÉLÉMENTAIRES ? »
« CETTE FEMME, ICI PRÉSENTE, VOUS REFUSE LE DROIT D'UNE REPRÉSENTATION (comme si elle était à cinq minutes près) ALORS QU'ELLE A DÉTERRÉ UN DES VÔTRES... SANS AUTORISATION ! »
« AUSSI, MOI, LE FOSSOYEUR, LE SEUL, LE VRAI, JE VOUS ENJOINS A BOUTER CETTE FEMME, MORTE OU VIVE, HORS DE NOS MURS »
« LE NEUVIÈME ÉTAGE DOIT RESTER VIERGE DE TOUTE LA SOUILLURE QU'ELLE TRANSPORTE AVEC ELLE »
...
« Ça y est, j'ai fini, vous pouvez y aller. »
Rapidement encerclée par la horde – ils étaient vifs, pour des morts – tu tentes une sortie.
— Bon, euh... OK, je veux bien jouer pour vous...
« ELLE A ACCEPTÉ ! »
« OUI, MAIS C'EST TROP TARD ! »
« (Regardez leur air chafouin...) »
— Eh bien, ALLEZ VOUS FAIRE FOUTRE !
Tant pis pour l'approche en douceur.
Le Léviathan fera l'affaire, après tout.
Tu commences par dépecer le fossoyeur, qui selon toi ne mérite pas sa majuscule.
(Chtonk ! Un compteur s'incrémente.)
Les macchabées marquent un moment d'hésitation. Privés de chef et de DJ, ils ne savent plus très bien se tenir. Tu repousses quelques excités qui voudraient s'en prendre à ton précieux instrument et rends les autres à la poussière. Les plus indolents réintègrent leurs pénates sans demander leurs restes. La morosité s'empare de l'endroit. Qui pourra remplacer leur cher administrateur ? Celui qui patiemment entretenait les tombes, tondait le gazon, taillait la végétation... et surtout, celui qui savait embraser la piste de danse ? Non, ils s'attendent à trouver, dès le lendemain, une armée de fonctionnaires disciplinés, blancs comme des linges, vêtus de costumes noirs et de cravates bien ajustées, maniant pelle et cisaille avec méthode et lenteur, ignorant les bienfaits des bits endiablés et de la sexualité post mortem, parlant peu et surtout ne leur parlant pas à eux, alors que merde, même les plantes, on leur cause, ils savent que c'était leur dernière sortie, que plus rien n'en vaudra la peine désormais, que chaque instant ils se souviendront qu'ils sont décédés et que moyennant quoi il est absurde de se lever pour aller guincher.
— T'y as été un peu fort, tout de même !
— Jérémie, c'est toi ?
— Oui... enfin presque... Disons ses os et sa voix... Sa mémoire.
— Je suis si heureuse de pouvoir te parler...
— Si j'avais un cœur, je le serais aussi.
— Jérémie...
— Tu pleures, Chloé ?
— J'ai tellement attendu ça. Nous avons tellement à nous dire.
—Mais nous n'en avons pas le temps...
— Comment ça ? Je croyais que...
— Regarde l'horloge qui luit dans le ciel jaune...
— Elle reprend sa course.
— Oui. Ma voix doit porter, maintenant, mais il manque quelque chose.
— Quoi ?
—Un cœur, je te l’ai dit.
— Mais je n'en ai qu'un et ne peux m'en passer.
— Si mes pronostics sont exacts, tu devrais être en possession d'une statuette te représentant.
— Comment le sais-tu ?
— Je l'ai perçu au travers des tentures trompeuses du temps.
— Ainsi, tu vois vraiment l'avenir ?
— Dépêche-toi, Chloé, l'aiguille des secondes s'arrache à l'inertie.
— Que faut-il que je fasse ?
— Place ta figurine au centre de la cage de mes côtes. Ensuite, je parlerai. Il faudra que tu croies toutes mes paroles, ma sœur, quelles qu'elles soient.
— Je ne veux pas que l'on soit séparés, à nouveau.
— On se reverra, ne t'inquiète pas.
— Je l'espère.
[Jérémiade en mi mineur]1
« Les autres ne savent rien, royaume de l'ignorance, empire des fous, je suis là parmi eux dissimulé sous les monceaux que laissent derrière eux les yeux communs, Clio, ma tendresse, dresse, dressera les autels des futurs temples, Hante n'est pas celui qui, c'est l'autre, le rejeton déchu dont les motifs [cf. infra} resteront inconnus, nous n'aurons que les effets dévastateurs, les psybombes disséminées sur l'envers du monde, nous les acteurs prêts à jouer notre rôle tragique, tous en rang, notre révolte alimentant les pompes géantes, précipité de chaos, trompés d'ennemi, Chloé, celui-là récupère tout comme de la boue, recycle tous les affects affolés, toutes les pulsions tous les rêves, gribouille la glaise pour créer l’étron rutilant, c'est lui que tu viseras, ma sœur, que nous viserons quand tu m'auras rejoint, là où je suis je ne connais pas la peur, mais j'ai besoin de toi, cette mission te réclame, tu le sais, Colin le sait également, c'est lui qui différencie, c'est lui notre dépositaire et notre huissier – de justice – l'élément neutre – je le sens, mais le fil d'or s'atténue, se perd dans les brumes des possibles – même moi je ne peux voir où il mène, tous les autres : horreur, convergence vers point de fusion, règne de l'homogène, de l'indifférence, du mot unique bon à tout bon à rien, génération de clones insensibles, corps inertes indésirables, les ires mortes avec l'amour, le rationnel appliqué, l'homme identique à lui-même, plus de désespoir, les spleens désenflés, lumière artificielle couleur de mort, les entrepôts-charniers dispersés sur la terre sèche, les sans-visages élevés à coups d'antiennes atroces, les prêtres-gardiens veillant à ce que nul ne devienne, le sang déversé en d'intarissables torrents, l'homme liquide rampant vers l'impossible repos, pas de résistance, Chloé, pas même un sursaut : déjà contaminés, déjà capitulé sous les assauts fébriles des assassins, les enfants convertis ou tués, par la folie de celui qui, sa triste démence, mais il avait les clés, Hante les lui a donné, il est si vieux, maintenant, si éloigné du réel dont il est pourtant géniteur/bourreau, si indifférent au devenir, pauvre Hante, labeur éternel, ce n'est pas lui qui regarde mais son ombre muée en chair, mais il avait les clés, celle du rêve magique, s'en est servi au mépris de toute décence, au mépris du vivant, on ne peut pas tuer ses enfants même les plus affreux d'entre eux : les avaler, mais ils ressortiront des ventres armés de lances, pourfendeurs de vagins, violeurs énucléés, défonceurs de culs nubiles, machines dures abattant la besogne avec méticulosité rance, danses mécaniques et froids rituels, âmes virtuelles esquissées sur le superordinateur, ordonnateur des sentences « Coupable », « Coupable », « Coupable », qui peut être coupé, haché menu, passé au presse-purée, au broyeur de déchet, mais on apprend à l'instant que le marché de la scie sauteuse explose, on va pouvoir se faire sauter gratis, à la fin de ton ascension, car tu la poursuivras, tu monteras au sommet de la tour mante et même au-delà malgré les épreuves qui t’attendent à chaque étage, n’oublie pas papa, voulu éviter d’en gravir les degrés, maintenant il hante cette histoire dans les oripeaux du corbeau moite, perdu et son chemin est plus long que le tien, n’oublie pas ta chute lors de cette visite un peu trop guidée, temps de se plonger dans les détail de chaque degré, de là et de nulle part sortira le sens, cessera la folie, de là naîtra la solution, le plan pour effondrer l’édifice de l’ombrechair, ennemi pluriel dans lequel tu évolues, ne te fie à rien d’autre qu’à toi, fille du vent, tu es ta seule amarre, ton seul soutien, n'attends aucune aide conseil et s'ils se présentent, refuse-les, ils ne peuvent émaner que d'une seule entité, viendront à toi sous les apparences trompeuses, prenant les traits de ceux que tu aimes, retors ne reculent devant aucune infamie, tout n'est qu'artifice ici, même les entrées et les sorties, qui sait si ton escalade ne se déroule pas du haut en bas, bas et haut, deux mots sans signifiés, aussi creux de moelle que mes os, cette topologie est celle de l'abstraction, sans liens, ni un ni trois, avec l'espace commun, trois brins absents, noyés dans cette toile tissée de mirages reflets, bijectée, rassemblée au hasard d'affinités pseudo-linéaires, l’impression que, les affiches s’en fichent, s’envolent, volutes déchiquetées, dispersées sur toute la hauteur, tous prévenus de ta prestation, tous t’épient dans les angles, longues vues diagonales, dragons dilatés hurlant leurs flammes d’équinoxes, moitié jour et nuit, couleurs versatiles, tous t’encercleront pour l’écorchure, symétriquement ingérée, t’échapper par des voies interlopes, en dehors de la logique – l’arme de l’adversaire, ne peut se tourner que vers toi : paralogue et synecdoque, anomalie efflorescente, utilise les bifurcations impossibles, les sauts de sens, intuitions tranchantes, la cisaille de ses reins renflés, rien pour l'éventrer, rien pour t'éventer après la grande suée des sons si suaves, les savantes oubliées, ton être [entre crochets] d'acier, rien hormis ceci : un cierge comme tu sais, mou et putrescent, un motif {cf. infra] à utiliser jusqu'à en user le sens, qu'il ne devienne qu'un fil de l'épaisseur du rêve Å, une corde triple à étrangler l'ariane monstrueuse avant qu'elle ne fornique avec un minotaure priapique, l'onaniste sire aura beau jeu de trouver la bonne bite à branler, celle dont pourrait jaillir une semence transcendante, éclat d'idée dans l'œil de Typhon, les petites marionnettes lubriques sortiront des stases et des étagères et des rayons, et des travées et des allées, sortiront en grande série, articulations et chattes graissées, prêtes à accueillir les dons sous formes oblongues et larges, mères formatées des figures lisses... nous seuls pouvons éviter cela Clio, si tu ne te trompes pas de route, les indices seront rares, interpréter les moindres anodins accessoires, la première et la dernière à emprunter la piste... Je t'attends... hâte-toi. »
Que te faut-il croire ? La criée du cœur en cage.
... poursuivre ...
1Les claquements des mâchoires ainsi que les appels d'air dus au soufflet de l'ostéophone ont été volontairement coupés au montage, cependant, le lecteur aura soin de marquer la pulsation et les points d'orgue de manière rigoureuse.
